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Présentation des priorités de la Présidence portugaise à la presse étrangère
Intervention de Monsieur le Secrétaire d'État
La troisième Présidence portugaise a lieu pendant une année fondamentale pour l’avenir politique de l’UE.
Les priorités de notre Présidence s’insèrent dans un plan de 18 mois, pensé dans le cadre du programme du “Trio” (Allemagne, Portugal et Slovénie) et présenté aux institutions de l’Union au début de la Présidence allemande. Il serait fastidieux de part leur quantité de les parcourir en détail.
Naturellement, comme dans nos 2 présidences antérieures (en 1992 et en 2000), nous laisserons une emprunte spécifique au Portugal durant le semestre qui s’approche. Notre Premier Ministre a présenté hier, au Parlement portugais, le programme des six prochains mois. L’intervention du Premier Ministre sera consultable sur le site www.eu2007.pt. Vous disposerez également du document “Priorités de la Présidence portugaise”, qui pourra constituer une source d’inspiration pour vos questions.
Avant de vous répondre, j’aimerai émettre quelques observations.
La coopération avec les autres membres du “Trio” (Allemagne et Slovénie) -responsables pour la direction de l’Europe durant les 18 mois suivant le 1er janvier 2007 - a apporté des gains évidents en termes de cohérence et de prévisibilité de l’action des présidences rotatives. Il me semble que cette coopération représente bien la diversité des États qui composent l’UE et son équilibre global : elle gère la confiance, la proximité et l’établissement conséquent d’une relation complice entre les politiques, les diplomaties et les administrations publiques des trois pays impliqués.
Nous entretenons une excellente collaboration avec la Présidence allemande, en particulier en ce qui concerne le respect des négociations pour l’obtention d’un mandat pour le CIG. Nous avons l’intention de commencer le CIG et de le conclure durant notre présidence, comme il fût décidé, durant le dernier Conseil européen.
Selon beaucoup d'observateurs, le dossier le plus médiatique et politiquement sensible de la Présidence portugaise concernera la négociation et l'accord pour un nouveau Traité. Pour travailler dans ce sens, nous allons convoquer une CIG durant le CAGRE des 23 et 24 juillet, avec le mandat d'écriture du futur Traité européen. Grâce à l'excellent travail de la Présidence allemande et à la volonté politique de tous les États-membres, nous avons un mandat clair, précis et détaillé, qui constituera la base et l'encadrement exclusif de notre travail. Nous possédons un mandat, mais pas encore de Traité. Ce sera notre tâche prioritaire durant les six prochains mois. Nous entendons conclure cette dernière dans les meilleurs délais. Il est indispensable que l'Union se dote d’instruments et de politiques nécessaires pour faire face aux nouveaux défis. Néanmoins, il est aussi urgent de concentrer notre attention sur d'autres priorités.
Nous, États-membres de l'UE et leurs citoyens, avons tous besoin d'un engagement permettant à l'UE de recommencer à avancer. Encore une étape. Nous ne pouvons pas nous permettre d'affronter un nouvel échec. L'engagement obtenu dans la dernière CE est un engagement typique des grandes étapes de la construction européenne : personne n'est jamais satisfait à 100%, mais chacun peut vivre confortablement et sans difficultés avec le résultat de cet accord.
Une CIG est un exercice politique – quelque chose qui n’a pas un caractère simplement technique ou bureaucratique - qui ne verra le jour que si chacun est impliqué, partage le sentiment d’avoir été entendu et d’avoir contribué au compromis final. Tous les États-membres de l'UE partagent une égale et souveraine légitimité. Le résultat final devra donc être signé par tous les gouvernements et accepté par leurs Parlements respectifs et l’opinion publique. Ce sont les règles du jeu et ce sera sur cette base que nous travaillerons.
L'année 2007 est la première année, durant laquelle tous les instruments de la stratégie de Lisbonne fonctionnent conjointement. C'est aussi le moment d'initier la préparation d’un nouveau cycle qui sera lancé en 2008. Le Portugal a déjà commencé à collaborer à cet effort, conjointement avec la Commission et avec la future Présidence slovène. Améliorer la qualité des finances publiques, renforcer le triangle de la connaissance - innovation, recherche et éducation - renforcer tant la dimension sociale et l'emploi que la dimension environnementale et l'énergie, constituent aussi des priorités pour la Présidence portugaise.
Nous voulons aussi fortifier les domaines de la liberté, de la sécurité et de la justice.
Comme le détermine le calendrier, les thèmes associés à l'élargissement de l'Union seront également analysés durant notre Présidence. Les dossiers de la Turquie, de la Croatie, de la Ancienne République Yougoslave de Macédoine et la perspective européenne des pays des Balkans Occidentaux seront autant de sujets à l’ordre du jour. Toutes les négociations d'adhésion ont un objectif final : l'adhésion des pays candidats à l'Union, après avoir accompli complètement les critères stipulés. Il existe des obligations pour les deux parties. L'UE a l'obligation de négocier avec bonne foi et transparence. Les engagements assumés par les États doivent être honorés. D'un autre côté, les critères d'adhésion, valables pour n’importe quel État candidat, déterminent le strict respect des valeurs et des principes, qui furent la grande contribution du "Siècle des Lumières" pour nous, européens. Soyons aujourd'hui ce que nous sommes et voulons continuer à être.
Le Portugal défend aussi le fait que la direction de ce processus, du côté de l'UE, doit continuer à être assumée par la Commission. La Commission connaît en détail les dossiers, elle en a une vision globale. Il lui revient de faire une synthèse d'intérêt général.
La dernière vague d'adhésions de l’Est a été cohérente avec la conception historique de l'idéal européen : construire la paix et la stabilité dans le continent européen, à travers la démocratie et la prospérité partagée. Ce dessein doit encore être accompli dans une partie de l'Europe : pensez, par exemple, aux Balkans occidentaux. L'Europe ne peut pas avoir un "trou noir" en son sein, et il semble évident que la stabilité convoitée de cette région doit être accompagnée d’une perspective d'adhésion européenne tangible.
Sur le plan des relations extérieures, l'objectif de réaliser des sommets avec l’Afrique et le Brésil montrent la contribution importante que le Portugal veut donner pour renforcer un dialogue structuré avec les autres interlocuteurs, régionaux ou individuellement considérés. Nous l'avons prouvé par le passé (avec les premiers Sommets Europe/Afrique et UE/Inde, en 2000). Nous voulons répéter l’expérience dans notre prochaine Présidence. La langue portugaise est la sixième langue mondiale (et la troisième au niveau de l'Europe occidentale, après l'Anglais et l'Espagnol). C’est le Portugal qui avait fait découvrir beaucoup de parties du Monde à l'Europe.
Le Sommet UE/Brésil se justifiait complètement, le Brésil restant un partenaire stratégique incontournable de l'UE. Il s'agissait de remplir une lacune, étant donné que l’UE maintenait déjà des relations de ce type avec tous les BRIC, à l’exception du Brésil. Ce fût naturellement et avec plaisir que nous avons assumé la responsabilité de construire ce lien nécessaire entre l'UE et le Brésil.
Les difficultés, concernant la réalisation du Sommet UE/Afrique, sont connues. C'est pourtant notre objectif déclaré, et nous n’abandonnerons pas. Nous ferons tout ce qui est à notre portée pour que ce sommet se réalise en décembre à Lisbonne. Il s'agit d'une question de conviction, et non d'une simple envie de visibilité à travers la réalisation d'un Sommet. L'intérêt stratégique européen de maintenir un dialogue de haut niveau avec le continent africain, dans le dit "monde globalisé", justifie complètement - de manière encore plus urgente qu’en 2000 - le risque et nos efforts ainsi que ceux de nos partenaires, européens et africains.
J’ai participé au processus qui a mené à la réalisation du premier sommet Europe/Afrique du Caire et je me souviens que nous avions réussi à dépasser les difficultés, vues par beaucoup comme des difficultés “insurmontables”. Il s’agissait d’obstacles processifs ou politiques, qui provenaient d’ailleurs, des deux partenaires de ce dialogue.
Nous déplorons qu’il ait fallu attendre sept ans et une nouvelle Présidence portugaise pour relancer un dialogue de haut niveau avec l’Afrique. Cette réalité démontre une certaine indifférence européenne en ce qui concerne l’Afrique. D'autres n'attendent pas et bénéficient de l'apathie européenne.
La préparation du contenu du Sommet continue à évoluer à un bon rythme, en partenariat avec nos amis africains. Des thèmes comme l'immigration, les changements climatiques, les questions de sécurité et de défense, la santé (notamment la lutte contre les pandémies), la bonne gouvernance et les droits de l'Homme y seront abordés.
L’Europe a besoin de réussir des progrès concrets dans le domaine des relations extérieures. Il convient de se concentrer sur ce qui peut nous unir. Nous devons suivre des exemples, comme celui de l’avancement récent à propos du rôle de commandement que l'Europe désire jouer face aux changements climatiques.
Quelques mots supplémentaires sur les défis internes que l'UE affronte. Le chômage est, de loin, le problème qui nuit le plus aux européens, comme l’indique l'eurobaromètre. Une croissance économique et plus d’emplois sont nécessaires, moyennant le renforcement de la coordination - notamment entre les gouvernements de la zone euro - dans des secteurs comme l'économie et les politiques sociales. L'euro est un succès, mais une monnaie commune ne suffit pas à garantir l'emploi et à améliorer la cohésion économique et sociale européenne. Le renforcement du pilier social de la stratégie de Lisbonne sera de plus en plus assumé comme une priorité, à laquelle nous aimerions donner une impulsion au cours de cette Présidence, comme prévu dans le programme du "Trio".
L'Europe doit donc être davantage un marché ouvert, réglé par quelques politiques communes. L'Europe politique ne se résume pas à un ensemble de règles institutionnelles bien définies. L'Europe doit, avant tout, être une communauté de valeurs, que les citoyens ressentent comme fondamentales, qui soient synonymes d'espoir et au nom desquelles ils soient disposés à faire des sacrifices, en cas de nécessité.
L'identification de ces valeurs se renforce à travers des projets européens qui octroient des bénéfices réels aux citoyens, dans leur quotidien. Des progrès, comme l'abolition des frontières, la monnaie unique, l'échange d'étudiants, ont améliorés nos vies.
Négocier un nouveau Traité ne suffit pas. En effet, les traités sont des instruments juridiques qui ne se substituent aucunement à la volonté politique d'aller plus loin ensemble. Actuellement, de nouveaux projets sont nécessaires pour traduire définitivement cette volonté politique collective dont l'Europe semble manquer. Il persiste sans aucun doute encore beaucoup de domaines, dans lesquels les réponses politiques doivent être apportées dans un contexte strictement national. Néanmoins, dans d’autres domaines, il faut toujours et cela de manière plus urgente renforcer le sens de l’entraide et de la coopération, au nom de l'efficacité et de la solidarité.
Ne nous faisons pas d’illusion : le maintien du statut quo n'est pas une option. Il y a de nouveaux problèmes – je pense aux migrations et à l'énergie, par exemple - dont la dimension exige des réponses politiques urgentes, dans un contexte collectif. Nous devons arriver à de nouveaux compromis plus profonds - notamment sur des questions qui affectent la cohésion de l'UE elle-même, dans sa dimension économique et sociale.
Nous avons besoin d'une UE plus forte, mieux équipée - en terme de règles, de politiques, d'instruments et de ressources propres - pour être en mesure de gérer les défis de notre temps et par ce biais, de satisfaire les attentes des citoyens européens. L'Europe peut et doit se constituer comme bastion de l'espoir et de la possibilité de construire un modèle qui fasse la synthèse entre la liberté, la croissance économique, la justice sociale et la conservation de l'environnement, et cela, dans une logique de partenariat, de coopération et de responsabilité partagée, aidant ainsi à construire un Monde plus juste et équilibré.
Voici la devise de notre Présidence : "Une Union plus forte pour un Monde meilleur".
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